La phagothérapie fût inventée par Félix d’Hérelle en 1917 alors qu’il travaillait à l’Institut Pasteur.
Cette approche thérapeutique consiste à utiliser les bactériophages pour lutter contre les maladies infectieuses d’origine bactérienne. Aujourd’hui, devant le problème grandissant de la résistance des bactéries à de multiples antibiotiques, il est nécessaire d’envisager d’autres traitements. Ainsi de nos jours, la phagothérapie est à nouveau examinée. À ce sujet, un symposium du GEEPhage (Groupe d'Études Épidémiologiques et Prophylactiques) a été réuni le 20 novembre 2007 à l'Auditorium du Centre d'Information Scientifique de l'Institut Pasteur à Paris.
(...) Priorité : A l’origine de cet intérêt pour les virus infectant les bactéries, il y a bien évidemment l’inquiétante multiplication de souches bactériennes résistantes aux antibiotiques due à des mutations. Le cas du staphylocoque doré résistant à la méthicilline est l’un des plus préoccupants. Rien qu’aux États-Unis, il a causé en 2005 la mort de près de 19.000 personnes sur les 94.000 infectées - soit plus que le VIH -, relevait une étude publiée en octobre par le Journal of the American Medical Association. La découverte de stratégies alternatives, ou complémentaires, à l’antibiothérapie est donc une priorité.
Or, l’idée de base de la phagothérapie est séduisante. Dans la nature, chaque espèce de bactérie a «ses» bactériophages, ses virus spécifiques qui lui livrent une guerre sans merci. Cinq mille types de phages ont déjà été identifiés et mis en banque, dont 80 % sont dits «virulents», c’est-à-dire que, après avoir infecté la bactérie, ils s’y multiplient. S’ensuit la destruction de la cellule bactérienne et la libération de nouveaux virus opérationnels. On estime que les phages détruisent en l’espace de quarante- huit heures l’équivalent de la totalité des microbes de la planète, exerçant sur eux une pression de sélection qui façonne le monde bactérien dans lequel nous vivons. Le projet est donc de domestiquer ces virus pour qu’ils deviennent des armes médicales ciblées.
Laurent Debarbieux, chercheur à l’Institut Pasteur, a déjà réussi à ralentir voire stopper, chez la souris, la progression d’une infection pulmonaire par une souche de Pseudomonas aeruginosa résistante aux antibiotiques. Mais chez l’homme les données sont marginales. Ni autorisée ni totalement interdite en France comme en Europe, la phagothérapie n’est administrée que dans les traitements de dernière chance d’infections et surinfections graves sans amélioration possible avec quelques succès aussi inespérés que spectaculaires.